Échantillon de la collection des Livres rares de l’UQAM

Date: 
Jusqu'au 2 mai 2015
Lieu: 
Bibliothèque des sciences de l’éducation (N-1000)

Découvrez de magnifiques ouvrages faisant partie d’un lot de grammaires anciennes données, en 2003, par M. Philippe Barbaud, professeur honoraire du Département de linguistique de l’UQAM.

Pourquoi présenter des grammaires ? L’occasion était trop belle d’apporter une contribution originale à la documentation présentée dans le cadre de la Dictée Éric-Fournier. Ces quatre ouvrages représentent une étape de l’évolution de la langue française, telle qu’on l’écrit de nos jours. La préparation des contenus a nécessité quelques recherches sur la provenance des ouvrages et sur leurs auteurs respectifs, notamment sur les contextes d’écriture et de production de ces œuvres.  Voici un aperçu des découvertes réalisées.

La Grammaire de Port-Royal, par exemple, met en scène un personnage plus grand que nature : Antoine Arnauld, dit «le Grand Arnauld», était au cœur de la mouvance janséniste et des querelles qui animèrent la France au 17e siècle, dans un épisode important de l’histoire des idées et des mouvements intellectuels qui aboutirent au siècle des Lumières. L’influence de cet œuvre connait aujourd’hui un aboutissement inattendu dans les travaux de linguistique moderne, dont ceux notamment de Noam Chomsky.

Il y a aussi la Grammaire de Condillac. Pour Étienne Bonnot de Condillac, l’importance de la maîtrise du langage constituait le pilier de la philosophie sensualiste au 18e siècle, autre étape dans l’évolution des connaissances érigées en système. Notamment, la philosophie sensualiste jette les bases des connaissances en psychologie, telles qu’on les connait aujourd’hui : les idées s’acquièrent d’abord par les sens et les expériences vécues et ressenties – bref, toute la science étudiant les perceptions – les raisonnements prenant le relai jusqu’à la formulation d’idées abstraites, le langage et sa maîtrise étant le ciment de cette construction.

Plus près de notre époque, au 19e siècle, il y a le tout premier Dictionnaire analogique de langue française, paru en 1862, édité sous la plume et les efforts de Jean-Baptiste Prudence Boissière. L’organisation de son contenu, sous forme de thésaurus, est originale et avant-gardiste avant la lettre. Boissière propose un des premiers outils d’aide à la rédaction, à une époque où la langue française est de plus en plus homogène et voit ses règles de plus en plus fixées, une nécessité devant l’évolution accélérée des emplois liés aux activités de rédaction.

Enfin, une curiosité complète ce tableau. Il s’agit de la Grammaire de l’Académie française publiée en 1932. Rédigée à l’initiative d’Abel Hermant, membre de l’Académie depuis 1928 et écrivain prolifique, cette grammaire a été désavouée suite à de nombreuses critiques, notamment parce qu’elle a été jugée trop conservatrice. Hermant fut d’ailleurs l’un des rares membres de l’Académie à en être exclu : il fut condamné en 1945 pour faits de collaboration sous l’Occupation allemande.

 

«Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.

Selon que notre idée est plus ou moins obscure,

L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément.»

-- Nicolas Boileau, L’Art poétique, Chant I (1674)

 

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